Conférence “Opérations de maintien de la paix”

  • Date: Jeudi 21 novembre 2013, 1800-2030
  • Emplacement: Internef 272, UNIL-Dorigny
  • Organisateur:
  • Limitation: Activité publique

Les associations Mosaïque et Of@campusLausanne ont le plaisir de vous convier à cette conférence publique sur le thème : “Opérations de maintien de la paix : Quel Futur ?“.

Nous aurons le plaisir de recevoir Madame Stéphanie Perazzone, du Center on Conflict, Developpement and Peacebuilding de l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) de Genève. Elle évoquera pour nous ses nombreuses expériences sur le terrain, entre autre en Afrique, ainsi que l’engagement plus général des troupes de maintien de la paix.

Notre deuxième intervenant sera le Major EMG Richard Hauser, officier de carrière auprès du commandement de SWISSINT. Il nous parlera des engagements de l’Armée suisse en faveur des opérations de maintien de la paix et de ses propres expériences au Proche-Orient.

La présentation sera suivie d’une séance de questions et d’un apéritif convivial

Plus d’infos sur la page Facebook de l’événement

Opérations de Maintien de la Paix : quel futur ? Tel était l’intitulé la conférence organisée conjointement par l’association Mosaïque et l’Association des Officiers du Campus Universitaire de Lausanne jeudi dernier à l’université de Lausanne (UNIL).

Pour aborder cette vaste question, les organisateurs ont misé sur deux invités de choix. D’un côté Mlle Stéphanie Perazzone, doctorante au Centre on Conflict, Developpement and Peacebuilding (CCDP) de Genève. D’un autre côté,  le Major EMG Richard Hauser, officier de carrière au centre SWISSINT, le commandement de l’Armée Suisse en charge des engagements à l’étranger, dont notamment l’engagement des observateurs militaires de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

La conférence est ouverte par Mlle Stéphanie Perazzone qui commence par une rétrospective des Opérations de Maintien de la Paix (OMP) de l’ONU ainsi qu’une analyse des principales évolutions en terme de mission et mandat des OMP. En effet, depuis la première en 1948, l’ONU a déployé 61 OMP, dont 16 sont toujours en cours. D’un mandat de « simple observation passive et neutre » d’un accord de paix préalablement conclu entre deux belligérants, les OMP se sont complexifiées au fil des années à l’image des conflits post-Guerre Froide, et peuvent aujourd’hui être dotées d’un pouvoir d’imposition de la paix, nous explique la chercheuse. L’ONU n’a jamais déployé autant de casques et bérets bleus qu’aujourd’hui, et les mandats des OMP modernes n’ont jamais été aussi complexes, précise-t-elle. En effet, le mandat des OMP modernes s’est considérablement étendu jusqu’à viser parfois des réformes étatiques profondes, tel que la révision du système judiciaire et la démocratisation des institutions publiques, explique la jeune doctorante.  Cette extension des mandats des OMP modernes ne vient pas sans critiques et problèmes, ajoute-t-elle. L’imposition d’une forme de « paix libérale » est parfois taxée de néo-colonialisme.

Après la théorie, place à la pratique. C’est que Mlle Stéphanie Perazzone n’est pas une doctorante « enfermée dans un bureau avec des boutons et des grosses lunettes » comme elle s’amuse à le préciser, mais aussi une personne de « terrain » consciente des défis pratiques. C’est avec des exemples concrets tirés de ses propres expériences au Rwanda ainsi qu’en République Démocratique du Congo (RDC) et accompagné d’extraits de films subtilement choisi qu’elle illustre toute la complexité et la diversité des problèmes liés aux OMP. Plus précisément, elle soulève la question délicate des règles d’engagement des casques bleus, qui peuvent mener à des situations paradoxales où des interventions aux enjeux pourtant décisifs sont prohibées, car elles ne sont pas prévue dans le mandat initial. La chercheuse termine sa présentation en précisant que les médias ont tendance à se focaliser sur les échecs mais que la majorité des OMP sont bel-est-bien un réel succès.

C’est sur cette note positive que débute le Major EMG Richard Hauser sa présentation. Il commence par une brève introduction du centre SWISSINT de l’Armée Suisse ainsi que du spectre d’engagement des observateurs militaires, aussi appelé bérets bleus. Les observateurs militaires de l’ONU sont des officiers non-armés qui ont pour mission de veiller et reporter la situation sur le terrain d’une OMP au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les observateurs ne doivent pas être confondu avec les casques bleus, qui sont les troupes généralement armées engagées au profit de l’ONU dans le cadre d’une OMP. Après cette brève introduction, c’est avec un pragmatisme tout militaire que le Major passe rapidement aux faits et enjeux associés avec le déploiement d’observateurs militaires. Fort de son expérience dans la mission ONUST au Proche-Orient, il nous explique que les premiers défis sur le terrain ne sont pas forcément ceux que l’on pense. En effet, ils sont avant tout d’ordres culturel, sanitaire et humain, nous précise-t-il. Dans le carde d’une OMP, des observateurs de tous les pays membres de l’ONU peuvent être amenés à devoir travailler ensemble. Cet environnement multiculturel n’est pas sans poser des problèmes d’ordre pratique, comme s’amuse l’officier à nous illustrer au travers d’anecdotes toute personnelles. D’après ses expériences, les observateurs suisses, souvent des officiers de milice, sont appréciés pour leurs qualités humaines dans les relations civiles et n’ont pas à rougir face à leurs collègues issus d’armées professionnelles. Au contraire lance-t-il, la motivation d’un milicien est d’autant plus noble dans la mesure où son engagement est pur, ce qui n’est pas nécessairement le cas de certains militaires étrangers qui peuvent se voir offrir des rémunération jusqu’à 10 fois celles qu’ils recevraient dans leur pays lors d’un engagement à l’étranger.

Une fois la barrière culturelle franchie et l’acclimatation au nouvel environnement accomplie, peut véritablement débuter la mission d’observation. Déployé à l’aube de la crise Syrienne, le Major EMG Richard Hauser  nous explique à quel point une situation calme où l’observation est presque routinière peut dramatiquement changer en l’espace de quelques semaines. Toujours avec exemples et anecdotes à l’appui, l’officier raconte à quels défis et frustrations sont régulièrement soumis les observateurs, lorsque confrontés à des situations révoltantes ils ne peuvent, justement, qu’observer, constater et reporter. Parti en tant qu’idéaliste désirant changer le monde, il se dit être revenu en réalistes heureux d’avoir à contribué de manière modeste-mais certaine-, à l’amélioration d’une situation tristement complexe. « Une expérience incroyablement enrichissante » conclut-il.

C’est sur un déluge de questions-réponses que se termine, bien plus tard que prévu, cette première conférence conjointement organisée par association Mosaïque et l’association des Officiers du Campus de Lausanne. Un vrai succès qui n’était pas gagné d’avance au vu de la complexité de la question posée, peut-être un peu naïvement, aux deux invités.

Stéphanie Perazzone : Titulaire de deux baccalauréats universitaires, l’un en Histoire et Science Politique de l’Université de la Sorbonne, l’autre en Relation Internationales et Science Politique du City College de New York, elle a poursuivis ses études avec une maîtrise en Affaires Internationales à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève. Elle est actuellement doctorante dans ce même institut et se spécialise dans la résolution de conflit ainsi que dans la consolidation de la paix en Afrique, spécialement dans la région des Grand Lacs, au Rwanda et en République Démocratique du Congo.

Maj EMG Richard Hauser : Officier de carrière au centre de compétences Swissint de l’Armée Suisse,  le poste de commandement national supérieur pour tous les engagements de promotion de la paix à l’étranger, il est au bénéfice de nombreuses expérience en tant qu’observateur militaire de l’ONU à l’étranger, notamment au Proche-Orient dans le cadre de l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST).

Yves Mermoud